La brume automnale enveloppe l’île Saint-Laurent. Je traverse le pont, cape rabattue sur le visage. Personne ne me connaît ici, à Chalon. Je suis ‘Anonyme’, une ombre parmi les pèlerins et chevaliers attirés par le Puits de la Belle. Le crieur a hurlé le défi de messire Jacques de Lalaing. Les boucliers blancs, violets, noirs pendent à la margelle, tentateurs. Mais moi, je cherche autre chose. L’auberge de Dame Astride brille au loin, l’enseigne ‘Hôtel du Puits des Belles’ clouée au-dessus de la porte. On chuchote qu’ici, pour une livre parisis, la poudre miracle délie les serments. Pas de passé, pas de futur. Juste l’instant.
J’entre. La salle pue la bière et la sueur des hérauts. Dame Astride me jauge, ses yeux complices. ‘Une chambre sombre, madame ?’ Je hoche la tête, paie en silence. Au fond, un chevalier massive, héraut d’un assaillant – Thibault de Mirebeau peut-être, ou un autre venu toucher le bouclier blanc pour Pierre de Chiandos. Barbe noire, muscles saillants sous sa cotte. Nos regards se croisent. Je m’assois près de lui, ombre volontaire. ‘T’es qui ?’ grogne-t-il, voix rauque. ‘Anonyme. Et toi ?’ ‘Appelle-moi pas, prends-moi.’ Sa main effleure ma cuisse sous la table. Chaleur monte. Je sais : ce soir, c’est lui. Sans nom, sans histoire.
L’ombre discrète de Chalon
La chambre est étroite, lit de paille craquante, cheminée fumante. Il verrouille. ‘La poudre ?’ Je sors le sachet volé à Astride – cendres et miracle. Une ligne fine sur le matelas. ‘Ça nous libère.’ Il ricane, me plaque au mur. Sa bouche avale la mienne, langue vorace, goût de vin bourguignon. Mains rudes déchirent ma robe. Seins nus, tétons durs comme cailloux. Il mordille, suce fort. Je gémis, souffle court. ‘Salope anonyme, t’es trempée déjà.’ Doigts en moi, glissent dans ma chatte gonflée, jus coule sur mes cuisses. Bruits humides, clapotis obscène.
Il me jette sur le lit. Pantalon tombe, bite énorme, veinée, dressée comme une lance de lice. ‘Suce-la.’ Je m’agenouille, lèvres autour du gland salé. Il grogne, empoigne mes cheveux, baise ma bouche. Glouglous, salive dégouline. ‘Putain, t’avales tout.’ Puis il me renverse, cul en l’air. Crache sur mon trou. ‘Par-derrière, comme les croisés.’ Pousse, lent d’abord. Brûlure délicieuse, anus qui s’ouvre. Il enfonce, couilles claquent contre ma peau moite. ‘Huuuuh !’ Je hurle, ongles dans les draps. Va-et-vient sauvage, rythme de guerre. Sueur goutte, peaux claquent – pac pac pac. Son souffle rauque dans mon oreille : ‘Serre plus, salope !’
Feu et disparition dans la nuit
Je me retourne, chevauche. Chatte engloutit sa queue, jus gicle. Hanches claquent, seins ballotent. Il pince mes tétons, yeux fous. ‘Baise-moi fort !’ Orgasme monte, ventre se contracte. Je jouis, cris étouffés, corps secoué. Lui rugit, se vide en moi, sperme chaud inonde. On halète, collés, puant le sexe. Paupières lourdes, juste l’instant.
Aube grise filtre. Il dort, ronflant. Je me lève, nue, jambes tremblantes. Rhabille en silence, cape sur l’épaule. Porte entrouverte sur la ville endormie. Pas un mot, pas un regard. Je fonds dans la brume, vers le pont Saint-Laurent. Le puits brille, boucliers intacts. Anonyme repart, étrangère. Personne ne saura. Plaisir brut consumé.